Saturday, Oct 24, 2020
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La descente aux enfers du raffinage pétrolier

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Connu pour être l’un des segments les plus lucratifs de la chaîne de valeur pétrolière, le raffinage est, depuis le début de la crise du coronavirus, l’un des maillons les plus touchés par la faiblesse des cours et la baisse de la demande. En fonction des nouvelles politiques énergétiques et des perspectives peu encourageantes concernant la reprise, tout porte à croire qu’au cours des prochaines années, les raffineurs doivent s’adapter à de très faibles marges, produire des biocarburants ou disparaitre. Décryptage.

La semaine dernière, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a, dans ses prévisions, revu à la baisse la demande mondiale de combustibles liquides pour le reste de l’année. L’AIE prévoit que la consommation mondiale de pétrole et de combustibles liquides sera en moyenne de 93,1 millions de b/j pour toute l’année 2020 soit une baisse de 8,1 millions de b/j, par rapport à 2019. D’après Oil Price, un examen plus approfondi de la situation montre que nous sommes face aux prémices d’un changement majeur dans l’industrie, notamment dans le raffinage.

En effet, les raffineurs ont été les plus touchés par la crise actuelle, car ils gagnaient de l’argent grâce à la différence de prix entre le pétrole brut et les dérivés du pétrole, mais cette fois-ci, ils ne peuvent compter que sur la stabilité de la demande qui, elle, n’a rien de stable en ce moment. La demande étant ainsi fortement réduite, les marges le sont également. Il faut dire que les difficultés des raffineurs prévalaient déjà avant l’apparition du coronavirus. Ces derniers payaient le prix fort avec la baisse des prix du pétrole qui leur offrait très peu de marges.

L’Europe par exemple, qui contrôle environ 30% de la capacité mondiale de raffinage, devrait assister à une forte rationalisation de sa production. Le consultant britannique Wood Mackenzie (WoodMac) précise que 9 % de la capacité de raffinage, soit 1,4 million de barils par jour, est menacée de disparition en Europe, en 2022-2023. D’ailleurs, la chute de la demande accélère la liquidation des raffineries déjà en difficulté, car les nouvelles capacités dépassent la demande.

Le consultant britannique Wood Mackenzie (WoodMac) précise que 9 % de la capacité de raffinage, soit 1,4 million de barils par jour, est menacée de disparition en Europe, en 2022-2023.

Dans un document publié, il y a quelques semaines, WoodMac a cité la raffinerie de BP à Rotterdam (377 000 bpj), la raffinerie Total de Grandpuits (102 000 bpj) en France et la raffinerie de Petroineos à Grangemouth (200 000 bpj) en Ecosse, comme étant menacées.

1 raffinerie

En France, la raffinerie Total de Grandpuits (102 000 bpj) est menacée.

« En 2023, il se pourrait bien que deux tiers des raffineries en Europe ne gagnent pas d’argent, ou perdent de l’argent au comptant », a estimé Alan Gelder, vice-président du raffinage, des produits chimiques et des marchés pétroliers chez WoodMac.

« En 2023, il se pourrait bien que deux tiers des raffineries en Europe ne gagnent pas d’argent, ou perdent de l’argent au comptant », a estimé Alan Gelder, vice-président du raffinage, des produits chimiques et des marchés pétroliers chez WoodMac.

De son côté, Goldman Sachs s’attend à ce que les taux d’utilisation des raffineries dans le monde pendant la période 2021-2024 soient inférieurs de 3 % par rapport à 2019, ce qui renforcera la concurrence et entraînera à terme des fermetures permanentes d’usines. Une posture confirmée par John Auers, analyste en raffinage au cabinet de conseil Turner, Mason & Co, qui affirme : « les raffineries européennes moins compétitives ont été en difficulté et la pandémie va enfoncer un clou de plus dans leur cercueil ».

Le raffinage perd du terrain

L’activité de raffinage est tellement touchée que plusieurs usines ferment déjà ou se mettent en réserve. Le 13 août, le raffineur anglo-néerlandais Shell a déclaré qu’il s’apprête à fermer définitivement sa raffinerie de Tabangao, aux Philippines, après 58 ans de présence dans le pays. La compagnie envisage de transformer l’installation en terminal d’importation de classe mondiale.

Le 13 août, le raffineur anglo-néerlandais Shell a déclaré qu’il s’apprête à fermer définitivement sa raffinerie de Tabangao, aux Philippines, après 58 ans de présence dans le pays.

Outre Shell, Marathon Petroleum a déclaré au début du mois qu’elle mettrait définitivement hors service deux raffineries d’une capacité combinée de plus de 180 000 bpj de pétrole brut. Dans ce contexte, Phillips 66 a décidé de fermer sa raffinerie de Santa Maria et de transformer celle de Rodeo en ce qu’il envisage être la plus grande usine de biodiesel renouvelable au monde. Par ailleurs, la société texane a déclaré qu’elle transformait une autre raffinerie de San Francisco en usine de biocarburants.

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Shell s’apprête à fermer définitivement sa raffinerie de Tabangao, aux Philippines.

Le négociant en produits pétroliers Gunvor a déclaré qu’il envisage de mettre en réserve sa raffinerie belge, devenue déficitaire.

Total, qui a déjà converti sa raffinerie de La Mede à la production de biocarburants, envisage de construire une deuxième usine de biocarburants en France, dans les prochaines années. Avec Eni, ils ont réussi à fermer certaines capacités au cours de la dernière décennie, et à transformer certains sites en exploitations de biocarburants.

Pour l’instant, des syndicats rendent difficiles les fermetures de raffineries dans de nombreux pays européens, mais cela ne saurait durer plus longtemps.

D’autres suivront probablement puisque, malgré une légère reprise de la demande d’essence dans de nombreuses régions du monde, la demande de carburant pour avions n’a pas encore repris. Cela signifie que les revenus associés aux ventes de carburéacteur seront inexistants pendant encore un an ou deux, voire plus.

La bio-raffinerie : le puits de secours

Il apparaît clairement désormais que les raffineurs doivent changer de fusil d’épaule pour survivre à la conjoncture. Avec les politiques publiques dans de nombreux pays producteurs de carburant qui envisagent une réduction conséquente des émissions de CO2, d’ici les 10-20 prochaines années, les raffineurs pourraient se positionner sur le filon prometteur du bio-raffinage.

3 bio raffinage

Le bio-raffinage devrait permettre de sauver une partie du secteur.

Les récents développements suggèrent d’ailleurs que l’effet sans précédent de la pandémie sur l’industrie pétrolière dans son ensemble a rendu les acteurs du secteur méfiants face à d’autres surprises et prompts à saisir les opportunités qui se présentent. Quoi qu’il en soit, l’incertitude demeure et l’avenir est encore flou pour les raffineurs. On remarque que plusieurs raffineurs se tournent déjà vers le bio-raffinage qui, selon les politiques énergétiques de demain, est déjà un secteur prometteur. 

On remarque que plusieurs raffineurs se tournent déjà vers le bio-raffinage qui, selon les politiques énergétiques de demain, est déjà un secteur prometteur. 

Il faut savoir que les analystes ne sont pas catégoriques sur la disparition totale des besoins de carburants fossiles. D’ailleurs, le cabinet Stratas Advisors a fait savoir que la demande de produits pétroliers, y compris l’essence et le diesel, va bien sûr continuer d’exister pendant longtemps encore.  « La demande pourrait même commencer à augmenter et approcher les niveaux pré-pandémiques à un moment donné, selon la façon dont le monde gère le virus, mais l’humanité semble clairement en train de tourner la page des carburants fossiles avec les véhicules électriques », a-t-il ajouté.

Dans cette veine, Wood Mackenzie pense que les raffineries qui survivront à la pandémie seront celles qui s’orienteront fortement vers la pétrochimie. La demande de pétrole en tant que carburant devant diminuer sous la pression des voitures électriques et d’autres carburants de substitution, les produits pétrochimiques devraient devenir le principal générateur de profits pour les raffineurs, a-t-il expliqué.

Selon ce scénario, les nouvelles capacités de raffinage apparaissent comme inutiles ou même de mauvais investissements. L’impératif semble désormais être :« Convertissez les raffineries ou supprimez les capacités excédentaires ».

Agence Ecofin

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La rédaction de senpetrogaz est spécialisée dans le secteur des hydrocarbures

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