Sunday, Jun 13, 2021
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Comment la Guinée équatoriale a perdu des milliards $ pour une clause manquante dans un contrat.

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En 2004, le producteur anglais de pétrole et de gaz BG Group, a signé avec la société publique équato-guinéenne du pétrole (GEPetrol) un contrat qui fait de la firme alors basée à Londres, l’offtaker exclusif de la future production de GNL du pays, d’une capacité de 3,4 millions de tonnes par an. Initialement prévu pour être livrée à un client en Louisiane aux Etats-Unis, le GNL équato-guinéen sera finalement commercialisé sur le marché asiatique. Un changement de destination qui va affecter le prix de vente du combustible en le multipliant par cinq. La Guinée Equatoriale, qui a déjà signé un accord de livraison de ce gaz pour 17 ans, ne bénéficiera pas de cette embellie. Décryptage.

L’accord le plus « sexy » qui soit

Avant de s’accorder avec les autorités équato-guinéennes sur l’achat du GNL de l’usine EG LNG, BG Group avait en amont, négocié la revente du GNL au terminal d’importation de Lake Charles, dans l’Etat américain de la Louisiane. Au moment de la signature en 2004, le prix du gaz était de 6 dollars par million d’unités thermiques britanniques (mmBtu). La demande étant dynamique dans un contexte de pénurie de l’offre, les experts et analystes prévoyaient une augmentation drastique imminente du prix.

1 BG gpe

BG Group a touché le jackpot… et pour 17 années.

Malabo devrait alors toucher un pourcentage fixe de la vente du GNL à BG, qui est de 25%.

L’année d’après en 2005, le mmBtu est passé à 15 dollars. Mais l’euphorie suscitée par cette nouvelle sera de courte durée car le boom gazier des Etats-Unis, grâce au schiste, venait de commencer. Très rapidement, le GNL est passé en dessous de 4 dollars, entraînant une baisse des perspectives de recettes pour la Guinée équatoriale.

Mais l’euphorie suscitée par cette nouvelle sera de courte durée car le boom gazier des Etats-Unis grâce au schiste venait de commencer. Très rapidement, le GNL est passé en dessous de 4 dollars, entraînant une baisse des perspectives de recettes pour la Guinée équatoriale.

Cependant, l’accord comprenait une clause de flexibilité de destination pour le GNL. C’est à ce niveau que va se jouer le destin de la Guinée équatoriale.

En ce moment en Asie, il faut du gaz pour faire tourner l’une des économies régionales les plus gourmandes en énergie du monde. BG va en profiter pour tourner se tourner vers ce marché. La société conclura ainsi des accords de livraison pour lesquels le mmBtu est passé au dessus de 15 dollars. C’est cinq fois plus que le prix plancher que BG doit payer, quelle que soit la baisse des prix du gaz aux États-Unis. Mais le jackpot qui se profile à l’horizon ne profitera qu’à BG, car il n’existe pas de clause de renégociation entre ce dernier et la Guinée équatoriale.

C’est cinq fois plus que le prix plancher que BG doit payer quelle que soit la baisse des prix du gaz aux États-Unis. Mais le jackpot qui se profile à l’horizon ne profitera qu’à BG, car il n’existe pas de clause de renégociation entre ce dernier et la Guinée équatoriale.

Selon des sources commerciales qui se sont confiées à Reuters, le contrat de 2004 rapporte près d’un milliard de dollars par an à BG. Or, le projet EG LNG est l’une des opérations de GNL les moins coûteuses du monde, avec un coût d’exploitation, d’investissement et d’alimentation en GNL TTC d’environ 1 dollar par mmBtu.

« L’accord est parfaitement légal », avertit Howard Thill, vice-président des relations avec les investisseurs chez Marathon Oil, une société américaine qui possède 75% des intérêts de l’usine de production EG LNG.

Proportionnellement au volume, jamais un accord de vente de GNL n’a été aussi lucratif. Si du côté équato-guinéen, on espérait sans vraiment le montrer un geste de bonté de la part de la société anglaise, il n’en sera rien.

« Le contrat avec BG est le contrat le plus sexy qui soit », s’est, pour sa part, alors exclamé Huber, consultant en GNL et avocat spécialisé dans les contrats énergétiques. Pour les analystes, il s’agit d’un véritable coup de Poker. En 2012 par exemple, BG a généré environ 40 % de son bénéfice d’exploitation de 2,6 milliards de dollars sur le GNL, grâce à cette seule transaction.

Proportionnellement au volume, jamais un accord de vente de GNL n’a été aussi lucratif. Si du côté équato-guinéen, on espérait sans vraiment le montrer un geste de bonté de la part de la société anglaise, il n’en sera rien.

BG ne veut pas partager

 En Guinée Equatoriale, on regrette de ne pas avoir négocié le contractant en mettant dans la balance toutes les possibilités. Le pays devrait alors assister impuissant à l’enrichissement de BG avec son gaz sans pouvoir rien n’y faire pendant 17 ans, de 2007 date du début de l’exploitation à 2024.

2 Gabriel

Pour Gabriel Obiang Lima, alors vice-ministre de l’énergie, la situation est inacceptable.

« Si la Guinée équatoriale avait su que ce gaz allait être envoyé en Asie, la négociation aurait été différente. Cette situation n’a pas été bien accueillie par le gouvernement de la Guinée équatoriale », a rapporté NJ Ayuk, avocat associé chez Centurion, un cabinet d’avocats qui conseille le gouvernement sur les contrats pétroliers et gaziers.

Le pays devrait alors assister impuissant à l’enrichissement de BG avec son gaz sans pouvoir rien n’y faire pendant 17 ans, de 2007 date du début de l’exploitation, à 2024.

Excédé par la situation, en 2009, Gabriel Obiang Lima, alors vice-ministre de l’énergie, a tapé du poing sur la table et s’est publiquement opposé aux profits réalisés par BG en « détournant les cargaisons vers d’autres parties du monde ». Un coup de gueule qui a eu le mérite d’amener les deux parties à la table des négociations.

Si BG a clairement montré qu’il ne veut pas partager, le producteur a néanmoins consenti à verser à Malabo 12,5 % des bénéfices tirés de la vente du gaz en Asie, soit environ 20 millions de dollars par trimestre. A cela, il s’est engagé à financer des programmes sociaux en guise de compensation. Il s’agit de la construction de centres de santé, l’appui aux initiatives de santé maternelle et infantile, la prévention du paludisme et des projets d’assainissement.

D’après Oswald Clint, analyste chez Bernstein Research à Londres, si BG ne doit partager que 12,5 %, il semble qu’il ait fait une bonne affaire par rapport à d’autres contrats. Et d’ajouter que dans le cas où la marchandise est détournée, comme c’est le cas ici, certaines entreprises font 50-50 avec leurs partenaires.

Deuxième chance

En Guinée équatoriale, on attend impatiemment 2024 pour renouveler ou non le contrat de cession du GNL de EG LNG avec Shell, qui racheté BG en 2015. En attendant d’y arriver, le pays travaille à se doter d’un nouveau pôle de production de GNL. Un projet qui, selon les autorités, va jouer un rôle de catalyseur pour l’économie. Autrement dit, le rôle qu’aurait dû jouer EG LNG.

3 pays

Le pays doit attendre 2024 pour établir un nouveau contrat plus équitable.

Gabriel Obiang Lima, ministre de tutelle, a déclaré qu’il cherche à faire passer les redevances des futurs contrats de GNL à près de 50%, contre 12,5 % dans le cadre des accords actuels avec Shell. Quant aux contrats de livraison, ils couvriront désormais une période allant de 3 à 5 ans.

Le nouveau hub devrait recevoir le gaz produit sur les nouveaux gisements du pays et éventuellement du gaz en provenance du Nigéria voisin pour le transformer. Marathon qui opère l’usine d’EG LNG, a déclaré vouloir obtenir de meilleures conditions auprès de BG lorsque de nouveaux approvisionnements en gaz commenceront à alimenter l’usine d’exportation. De nouveaux volumes de gaz seront acheminés vers EG LNG au cours des prochains mois pour liquéfaction. Cette production devrait normalement être livrée à Shell en attendant 2024.

Depuis l’existence de cet accord de nombreux experts ont alerté les futurs producteurs africains de GNL sur la nécessité de négocier de façon optimale leurs accords de cession du combustible, pour protéger leurs intérêts même lorsque les circonstances changent.

Source : Agence Ecofin

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La rédaction de senpetrogaz est spécialisée dans le secteur des hydrocarbures

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